Retour d’experience d’un cas concret & Zoom Jeunes

Retour d’expérience sur un cas concret : Workshop organisé au Caire par le Water Youth Network (WYN) et le Nile Basin Capacity Building Network (NBCBN) sur le rôle des jeunes dans les problématiques transfrontalières liées à l’eau.

En quoi a consisté ce Workshop ?

Pour illustrer la manière dont faire participer les jeunes à des questions de gouvernance, et voir comment ils parviennent, ensemble, à mettre en commun leurs forces, il est intéressant de revenir sur l’organisation d’une session concrète de prospective, avec des jeunes. Cette session a eu lieu durant le Workshop organisé au Caire par le Water Youth Network (WYN), sur le rôle des jeunes dans la diplomatie de l’eau, plus spécifiquement les questions de coopération transfrontalière de l’eau. Cet atelier de travail s’est tenu au Caire, à Gizeh, et a été coordonné par les équipes du WYN et du Nile Basin Capacity Building Network (NBCBN), un réseau régional de renforcement des capacités des professionnels de l’eau dans le bassin du Nil. Organisé en neuf sessions sur cinq jours, cet événement a réuni vingt-quatre jeunes venant de quatorze pays et quatre continents différents.

1914 translation by H. Rackham

Ces jeunes faisaient partie de réseaux nationaux de jeunesse travaillant sur les questions liées à l’eau et/ou au développement au sein de leur pays (comme le Central Asia Youth for Water Network, Sudanese Youth Parliament for Water, African Youth for Development Organisation…), de plateformes de formation comme le Water Innovation Labs. D’autres jeunes étaient chercheurs, en écriture de thèses, ou fondateurs ou membres d’associations comme iWASH Africa, SafeDrop, All About WASH, ou Drop of Water.

Ainsi, ces jeunes se sont tous retrouvés au Caire pour une semaine, du 24 au 28 Juin 2019, afin de partager des expériences, identifier des obstacles et des pratiques efficaces liés au rôle des jeunes dans la coopération transfrontalière de l’eau, le but final étant de rédiger une Note de recommandations pouvant être diffusée au plus grand nombre (gouvernements, institutions, entreprises, ONGs, réseaux, associations…), et permettant de renforcer le rôle des jeunes dans la diplomatie et la gouvernance de l’eau.

Quel déroulement de la Session 6 dédiée à la prospective, et quelles leçons en tirer ?

La Session 6 de l’atelier était une session de prospective souhaitant répondre à cette question : quelle vision commune de l’avenir pour la gouvernance du Bassin du Nil à horizon 2040, et comment y parvenir ? Pour réaliser cet exercice, le groupe de vingt-quatre jeunes a été divisé en trois sous-groupes. La méthode de travail a été sensiblement la même que la méthode modulaire de MED 2050 : quatre étapes :

  • Analyser les tendances et les signaux faibles qui émergent sur le Bassin du Nil ;
  • Proposer sa vision de l’avenir, et en discuter avec les autres, pour tenter de construire une vision commune ;
  • Dresser, ensuite, plusieurs scénarios possibles, allant du plus tendanciel au plus disruptif ;
  • Enfin, revenir à la vision commune construite en étape 2 pour la prendre comme horizon souhaitable, et réfléchir « en revenant en arrière »: quels étapes – obstacles – opportunités vont paver le chemin vers l’horizon souhaité (la vision commune de l’avenir), et comment tenter de s’y préparer, de les anticiper, ou de les contourner ?

La facilité avec laquelle les jeunes sont parvenus à dialoguer était très impressionnante. En effet, alors qu’une grande majorité d’entre eux n’étaient pas originaires du Bassin du Nil, les participants sont parvenus à discuter des enjeux de la région, et chacun apporter leur contribution. Cette session de prospective a montré qu’un dialogue extrêmement constructif peut naitre entre des personnes venant du Bassin et d’autres qui en sont étrangères. Ici, les jeunes égyptiens, soudanais et soudanais du Sud ont permis d’éclairer les autres sur le contexte de la zone, son histoire et ses enjeux. Mais les autres participants ont également enrichi les discussions, en apportant des idées nouvelles, des connaissances parfois plus techniques ou spécifiques sur certains aspects, ou simplement des retours d’expériences venant de situations qu’ils ont vécues chez eux, qui peuvent avoir des traits communs avec la situation de la gouvernance du Bassin du Nil.

L’étape 2 de la session visait à faire émerger des visions contrastées. Elle a été très productive, grâce à l’espace de dialogue inclusif créé par les participants. En effet, grâce à l’écoute et au respect de la parole de chacun, chaque jeune a su s’exprimer et décrire sa vision d’avenir pour le futur du Bassin, en fonction de ses connaissances et de ses aspirations. Ainsi, les participants ont pu confronter leurs visions contrastées, et faire émerger des visions communes.

La dernière étape, celle du « backcasting », ou comment se concentrer sur l’horizon souhaité puis revenir en arrière et réfléchir aux étapes concrètes pour y parvenir, s’est, elle aussi, révélée très intéressante. D’abord, le backcasting oblige à se poser des questions concrètes : comment fait-on pour arriver à la vision souhaitée ? De quoi a-t-on besoin ? Quels vont être les obstacles sur notre chemin ? Cela nécessite également de faire entrer la question centrale de la temporalité : qu’est-on en mesure de prévoir, d’anticiper dès maintenant ? Qu’est-ce qui, au contraire, ne peut rester que du domaine de l’incertitude ? Que peut-on encore éviter, minimiser ? Qu’est-il trop tard, au contraire, pour éviter, et comment faire dans ce cas pour minimiser les risques ? Quels signaux faibles pourraient émerger sur notre chemin, et provoquer des changements structurels ?

Il était également intéressant de voir que beaucoup de chemins différents peuvent mener à la même vision de l’avenir. Certains se sont davantage tournés vers l’aspect financier, préconisant l’augmentation des incitations financières pour ne pas polluer le fleuve, la mise en place de « récompenses » financières aux entreprises ou organisations gérant leur eau de façon durable, ou encore l’allocation de fonds supplémentaires à la recherche et à la collecte de données sur l’eau pour aller vers une gouvernance plus éclairée. Un autre groupe a plutôt mis en avant l’aspect juridique et réglementaire, défendant l’idée qu’il serait d’abord nécessaire de renforcer et harmoniser les régulations et les sanctions, si l’on souhaite atteindre la durabilité en matière de gouvernance. Enfin, le troisième groupe a pris le point d’entrée du renforcement du sentiment de communauté pour atteindre la vision souhaitée. Comment cela se traduirait-il dans les faits ? Par exemple, par l’organisation de projets de collaboration autour de l’eau et de ses représentations, la création de zones de régénération sur le Bassin, d’espaces dédiés aux échanges culturels et à la célébration de la diversité sur le Nil, ou encore des idées parfois très innovantes, comme la création d’un « passeport de mobilité du Nil ».

Ce retour sur une session concrète de prospective montre qu’il est possible, dans les faits, de réunir des jeunes afin de les faire réfléchir ensemble à la construction d’un avenir commun, sur une zone particulière. Ici, il a fallu le soutien financier du Water Youth Network et de ses partenaires pour organiser l’atelier, et la volonté de jeunes de discuter et apprendre les uns des autres pour aller vers des recommandations à diffuser au plus grande nombre, pour donner des idées, sensibiliser et monter la voie à d’autres.

 

  • Liens vers la Note de Recommandations publiée après le Workshop, et une Vidéo présentant les participants et leurs perceptions du rôle des Jeunes dans la diplomatie et la gouvernance de l’eau.